rome, 21 juin 2025 – Lors d’un sommet de haut niveau coprésidé avec la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, la Première ministre italienne Giorgia Meloni a présenté officiellement son Plan Mattei pour l’Afrique, une initiative ambitieuse censée refonder les relations euro-africaines sur la base du respect, de la coopération et du développement mutuel.
Inspiré de l’héritage d’Enrico Mattei, ancien dirigeant de l’ENI qui prônait dans les années 1950 des partenariats équilibrés avec les pays producteurs d’énergie, le Plan Mattei entend aujourd’hui remettre l’Afrique au centre de la politique étrangère italienne et de l’agenda stratégique européen.
🎯 Une ambition claire : un partenariat d’égal à égal
Selon Giorgia Meloni, le Plan Mattei vise à rompre avec les logiques d’assistanat et de dépendance, au profit d’une approche fondée sur la corresponsabilité, le respect mutuel et la valorisation des ressources africaines pour le développement local.
« Le temps est venu de bâtir des ponts durables et équitables entre l’Europe et l’Afrique. L’Italie veut jouer un rôle moteur dans cette transformation », a-t-elle affirmé dans son discours d’ouverture.
🧱 Les piliers du Plan Mattei
Le Plan repose sur plusieurs axes stratégiques concrets, présentés comme autant de leviers pour un développement intégré :
1. Infrastructures et connectivité
- Projet phare : Le corridor ferroviaire de Lobito, reliant la Zambie, la RDC et l’Angola, est soutenu par l’Italie à hauteur de 270 millions d’euros, en partenariat avec les États-Unis et l’Union européenne.
- Objectif : fluidifier les échanges transfrontaliers et désenclaver les zones minières africaines.
2. Transition énergétique et agriculture durable
- Lancement du programme TERRA : appui à des projets agricoles locaux résilients au changement climatique.
- Promotion de la production de bioénergies durables avec transfert de technologies vertes.
3. Innovation et transformation digitale
- Développement d’un hub de l’intelligence artificielle en Afrique en partenariat avec Microsoft, Amazon et Google, visant à soutenir 500 000 startups africaines.
- Extension du câble sous-marin Blue Raman, connectant l’Afrique de l’Est à l’Europe via l’Italie.
4. Financement et sécurité des investissements
- Conversion de 235 millions d’euros de dettes africaines en projets d’intérêt commun.
- Création d’un fonds d’investissement mixte pour les infrastructures stratégiques.
🇪🇺 Un appui européen mesuré
Ursula von der Leyen a salué l’initiative italienne, soulignant sa convergence avec l’agenda Global Gateway de l’UE. Elle a qualifié le Plan Mattei de « contribution essentielle à une nouvelle alliance euro-africaine », insistant sur la nécessité de mobiliser le “Team Europe” dans ce partenariat géopolitique crucial.
❗ Les critiques : ambition ou illusion ?
Si l’ambition du plan est saluée, plusieurs analystes et ONG expriment des doutes :
- Ressources limitées : avec seulement 1,2 milliard d’euros engagés à ce jour, certains jugent les moyens disproportionnés par rapport aux objectifs affichés.
- Projets déjà existants reconditionnés : des initiatives comme le corridor de Lobito ou le câble Blue Raman existaient déjà dans d’autres cadres de coopération.
- Défis de mise en œuvre : lenteurs administratives, manque de concertation avec les sociétés civiles locales et risques de projets déconnectés des besoins réels.
- Effet sur les migrations : beaucoup doutent que le plan ait un impact réel à court terme sur les flux migratoires, tant la démographie et les inégalités restent fortes.
🔚 Un pari stratégique pour l’Italie et l’Afrique
Le Plan Mattei s’impose aujourd’hui comme la plus grande ambition africaine jamais portée par un gouvernement italien. En souhaitant faire de l’Italie un pont entre l’Europe et l’Afrique, Giorgia Meloni tente aussi de renforcer sa stature internationale.
Mais au-delà des annonces, c’est sur la mise en œuvre, la transparence, l’impact local et la capacité à créer de la confiance que ce plan sera véritablement jugé.
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